trendcancans

La ville du futur

Dans le cadre du cours d’urbanisme et aménagement que j’ai eu l’occasion de suivre à l’Essec, nous devions décrire la ville que nous aimions. Je me suis donc prêtée au jeu, en détournant un peu les règles : j’ai décrit non pas une ville réelle mais une ville imaginaire, qui, au regard des travaux actuels d’architectes, designers et autres artistes-penseurs pourrait bien s’avérer être la ville de demain.

J’ai donc choisi de retranscrire ce travail ici, car il y a sa place en tant que réflexion (modestement) prospective.

——————————————————————————————————

La ville que j’aime n’existe pas. Du moins, pas encore. Car la ville que j’aime, c’est celle que j’aime imaginer, concevoir ou deviner, par le biais d’une confrontation entre aspirations sociétales émergentes et innovations architecturales, technologiques et sociales.

De ces réflexions nait une ville futuriste, à la jonction de l’imaginaire de peintres visionnaires et d’architectes avant-gardistes, de sociologues aguerris et d’urbanistes audacieux. Une ville modulaire et modulable, rapide et lente, profondément humaine bien que largement technologique. Originellement grise, elle se fait verte, voire chlorophyllienne, anéantissant en son sein les oxymores passées.

L’humanité retrouvée

La ville que j’aime, bien que verticale, est aux antipodes de l’impersonnalité. Elle est profondément humaine, et chaque individu est libre de s’y épanouir et de développer la conscience de sa propre existence.

En 2015, 36 villes compteront plus de 10 millions d’habitants (contre 26 villes aujourd’hui), et en 2025, la planète comptera 4 agglomérations de plus de 20 millions d’habitants (1) : pour les personnes avides de trouver un ailleurs où se réinventer, arpenter leurs rues dans l’anonymat le plus total sera d’une déconcertante facilité. Mais pour les autres, celles qui souhaitent s’y construire et s’y attacher? Comment témoigneront-elles de leur existence si elles se considèrent comme l’infime partie d’une macro-ville, d’un tout qui les dépasse? Humaniser la ville sera ainsi, je le pense, l’enjeu premier de la ville de demain. Il le sera d’autant plus que nos sociétés se digitalisent de manière croissante, et que le lien avec le réel, pourtant si naturel et humain, est appelé à se métamorphoser.

Humaniser la ville, c’est d’abord permettre à l’homme d’y inscrire son empreinte, de témoigner de son passage. Pour fêter les 26 siècles d’existence de la ville de Marseille, un parc (le parc du Millénaire) a été construit ; une sculpture en forme d’arbre en symbolise l’entrée. Ce qui en fait sa singularité, c’est la possibilité donnée à chaque marseillais d’y inscrire son nom, et ainsi de témoigner, aussi bien symboliquement que physiquement, de son existence.

L’arbre de l’espérance – Marseille

Humaniser la ville, c’est donc aussi en autoriser la co-construction. La ville que j’aime élabore des espaces “contributifs”, dont les modules peuvent être assemblés à l’infini selon la subjectivité de chacun. L’espace commun est co-construit, et son impersonnalité s’en trouve atténuée. La ville que j’aime permet à chacun de moduler sa propre maison, comme l’a imaginé l’architecte Kengo Kuma, ou encore de la concevoir sur ordinateur, puis de l’imprimer, comme dans le futur annoncé par The Innovative Manufacturing and Construction Research Centre.

Maison personnalisable de Kengo Kuma

Mais humaniser la ville, c’est aussi -et de manière plus symbolique- redonner sa place au hasard et à la spontanéité des formes organiques. Le peintre viennois Hundertwasser en rêvait déjà en son temps, dénonçant la dictature de l’alignement des fenêtres et de l’horizontalité des sols : “l’individu, l’homme unique dont le caractère est toujours différent, se défend passivement ou activement contre cette dictature nivellatrice“. Au sein de son travail architectural, Zaha Hadid a déjà remplacé les lignes froides par des ondulations fluides, tout bâtiment devant refléter la vie organique. Les architectes belges de la Kine Tower,  de leur côté, sont allés jusqu’à inventer le concept de tour « cinétique », dont la façade composée d’une membrane souple se métamorphose, comme pourrait le faire un être vivant, en fonction de l’intensité lumineuse et du vent.

The Kine Tower

Une ville chlorophyllienne

La ville que j’aime n’est pas urbaine, mais “rurbaine”. Savant mélange d’asphalte et de chlorophylle, elle constitue une halte champêtre dans un univers vertical congestionné.

Véritable hymne à la nature, elle s’en inspire et suit les principes du bio-mimétisme : ses immeubles, comme celui du futur ministère des affaires municipales et agricoles du Qatar, imitent les capacités de certains cactus à gérer avec efficacité leur approvisionnement en eau, alors que son éclairage public imite le comportement des fleurs qui s’ouvrent à la lumière le jour avant de se refermer la nuit.

Ministère des affaires municipales et agricoles du Qatar

Se multiplient alors les immeubles écologiques, qui, comme la tour anti-pollution de Pavlína Doležalová et Jan Smékal, permettent via leur façade faite d’algues une dépollution de l’air environnant.

Tour anti-pollution de Pavlína Doležalová et Jan Smékal

La nature ne se contente donc plus d’inspirer ; devenue force au service du changement et de sa propre protection, elle pallie les maux du XXIème siècle. Par ailleurs, le fantasme de l’auto-suffisance énergétique n’en est plus un, les immeubles étant, comme la structure conçue dans le cadre du projet Monte Rosa Hut, auto-suffisant énergétiquement à au moins 90%.

The Monte Rosa Hut

Dans la ville que j’aime, les modes de vie ont donc évolué vers un mixte de vie urbaine et rurale. Chacun a le loisir, au sein de cette vie rurbaine, de cultiver le lopin qui prolonge les balcons imaginés par l’architecte Greg Chung Whan Park, ou encore, au sein de leur appartement même, de faire germer des légumes grâce au Kitchen Nano Garden élaboré par Hyundai. Les fermes verticales, elles, permettent de réduire l’impact écologique du transport des fruits et légumes vers les métropoles et créent de nouveaux pôles d’emplois.

Greg Chung Whan Park

Kitchen Nano Garden de Hyundai

Une ville magico-technologique

La ville que j’aime place la technologie en son cœur afin de ré-enchanter ses espaces.

Les murs de ses rues sont, par endroit, de gigantesques écrans, permettant aux passants d’observer en simultané les mouvements d’habitants de villes distantes de plusieurs milliers de kilomètres.

Skype géant dans les rues de Montréal

Chaque individu peut personnaliser et ainsi s’approprier la ville en y ajoutant un arbre imaginaire, un tableau, une photo, un texte, le tout via les possibilités infinies de la réalité augmentée. Les panneaux et indications, via cette même technologie, sont interactifs : il suffit de suivre des empreintes de pas ou des flèches indiquées sur le sol afin de rejoindre confortablement sa destination. Le trafic automobile est optimisé par la généralisation de voitures communicantes capables de se rassembler comme autant de wagons d’un même train, le tout selon la direction commune qu’elles souhaitent emprunter.

Au total, située au confluent de différentes poussées d’innovation et d’aspirations sociétales en évolution, la ville que j’aime n’est ni tout à fait réelle, ni tout à fait utopique. L’échelle de temps d’évolution des villes est si long qu’il nous est difficile de prévoir quel en sera le cours, et quelles orientations primeront. Toutefois, je soutiens l’idée que les thèmes de la ville verte, technologique et humaine guideront les évolutions futures, que ce soit selon les formes évoquées ou selon de nouvelles qui restent à inventer.

(1)     :  Jacques Attali “Une brève histoire d’avenir”

Crédits photo principale : Ludchat http://www.ludchat.fr/index.php/a-cotes/88-ville-du-futur

Publicités
Cette entrée a été publiée le juillet 18, 2011 à 2:01 . Elle est classée dans Urbanisme/Architecture et taguée , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Suivre les commentaires de cet article par RSS.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :